Rebecca Enonchong :la Camerounaise qui réécrit les règles du commerce mondial
Le 11 juin 2026, à Paris, le Conseil mondial de la Chambre de Commerce Internationale (CCI) a nommé Rebecca Enonchong au poste de vice-présidente — une première dans les 107 ans d’histoire de l’institution, qui représente plus de 45 millions d’entreprises dans 170 pays.Fondatrice et PDG d’AppsTech, présidente d’AfriLabs, elle rejoint la direction d’une organisation…
Le 11 juin 2026, à Paris, le Conseil mondial de la Chambre de Commerce Internationale (CCI) a nommé Rebecca Enonchong au poste de vice-présidente — une première dans les 107 ans d’histoire de l’institution, qui représente plus de 45 millions d’entreprises dans 170 pays.Fondatrice et PDG d’AppsTech, présidente d’AfriLabs, elle rejoint la direction d’une organisation longtemps dominée par l’Europe et l’Amérique du Nord, après quatre années passées à y porter la voix des entreprises africaines, des PME et du secteur numérique.
L’essentiel en un coup d’œil
• Qui : Rebecca Enonchong, 58 ans, entrepreneuse camerounaise née en 1967 dans la région du Sud-Ouest du Cameroun.
• Accomplissement : Première femme africaine vice-présidente de la Chambre de Commerce Internationale (CCI), 11 juin 2026.
• Impact : Représentation directe des intérêts africains — PME, numérique, entrepreneuriat — dans l’instance où se décident les orientations du commerce mondial.
• À retenir : Une nomination qui couronne vingt-cinq ans d’engagement pour l’écosystème tech africain, depuis AppsTech jusqu’à AfriLabs.
Un plafond de verre vieux d’un siècle : la première femme africaine vice-présidente de la CCI en 107 ans
La Chambre de Commerce Internationale a été fondée en 1919, à Paris. Pendant un siècle, ses instances dirigeantes sont restées l’apanage de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Le 11 juin 2026, le Conseil mondial a simultanément élu Harsh Pati Singhania, industriel indien, à la présidence — et nommé Rebecca Enonchong à la vice-présidence. Deux nominations venues du Sud global, dans la même séance.
Rebecca Enonchong siégeait depuis quatre ans au conseil exécutif de la CCI, défendant activement les intérêts des PME africaines et du secteur des technologies numériques. Sa présence dans les instances dirigeantes n’est donc pas celle d’une invitée symbolique : c’est celle d’une membre active, connue et entendue.
Je suis la toute première femme africaine à occuper le poste de vice-présidente dans les 107 ans d’histoire de la CCI. »Rebecca Enonchong — allAfrica, juin 2026
Bon à savoir: La Chambre de Commerce Internationale (CCI), fondée en 1919 à Paris, est la plus grande organisation mondiale d’entreprises : elle représente plus de 45 millions de sociétés dans 170 pays. Elle définit des règles du commerce international, arbitre des litiges commerciaux et plaide pour des marchés ouverts auprès des institutions comme l’ONU ou le G20.
Bien plus qu’une première : un tournant pour la place de l’Afrique dans la gouvernance économique mondiale
Pendant un siècle, l’Afrique a été présente à la CCI en tant que marché, rarement en tant qu’architecte des règles. L’arrivée de Rebecca Enonchong à la vice-présidence change cette équation. Elle y porte une légitimité double : celle d’une entrepreneuse dont AppsTech sert des clients dans plus de quarante pays, et celle d’une militante dont AfriLabs structure l’innovation dans une cinquantaine de pays africains.
Le secrétaire général de la CCI, John W.H. Denton, a salué des nominations qui soulignent « l’engagement continu de la CCI en faveur de l’excellence et d’un leadership régionalement diversifié ». Pour l’Afrique, la portée est plus concrète encore : avoir une voix au chapitre là où se fixent les règles du commerce international, c’est peser sur les normes qui demain régiront les PME, les start-up et les entrepreneurs du continent.
De la vente de journaux à quinze ans à la fondation d’AppsTech : le parcours d’une self-made woman
Rebecca Enonchong naît en 1967 dans la région du Sud-Ouest du Cameroun. Son père, le Dr Henry Ndifor Abi Enonchong, avocat de renom, a contribué à la création de la Federal Cameroon Bar Association, ancêtre de l’actuel Barreau du Cameroun. Adolescente, elle part avec sa famille aux États-Unis. Dès quinze ans, elle vend en porte-à-porte des abonnements de journaux ; à dix-sept ans, elle en manage l’équipe.
Elle obtient un Bachelor of Science puis un Master en Économie à l’Université Catholique d’Amérique, avant de travailler pour la Banque Interaméricaine de Développement, puis pour Oracle Corporation. En 1999, elle fonde AppsTech à Bethesda, dans le Maryland : une entreprise de solutions logicielles qui devient partenaire Platinum d’Oracle et compte des clients dans plus de quarante pays. La société ouvre des bureaux au Ghana en 2001, au Cameroun en 2002. L’expérience camerounaise se révèle éprouvante — certaines filiales ferment. L’échec local, jamais dissimulé, ne signe pas l’arrêt de mort de l’ambition continentale.
E-commerce Week 2019
ActivSpaces, AfriLabs, #FreeRebecca : l’architecte d’un continent connecté et d’une voix qui dérange
C’est dans la région camerounaise surnommée la « Silicon Mountain » qu’elle cofonde ActivSpaces, une pépinière de start-up technologiques. En 2013, elle cofonde AfriLabs, réseau panafricain qui fédère aujourd’hui plusieurs centaines de hubs dans une cinquantaine de pays africains — incubateurs d’applications de santé, de plateformes éducatives, de solutions de paiement mobile. Élue présidente du conseil d’administration d’AfriLabs en avril 2017, puis réélue en 2019, elle en fait l’un des piliers de l’écosystème tech du continent.
Sur les réseaux, sous le pseudonyme @Africatechie, elle dépasse les 300 000 abonnés. Elle y dénonce les clichés sur l’Afrique, célèbre les innovations du continent, interpelle directement les gouvernants. En août 2021, son franc-parler lui vaut trois jours de garde à vue à Douala pour « outrage à magistrat » — un épisode qui déclenche une mobilisation mondiale sous le hashtag #FreeRebecca, avant sa libération. Elle siège par ailleurs au conseil d’administration de la Fondation Salesforce.com, au Digital Advisory Panel du ministère britannique du Développement international et au Women Global Advisory Committee des Nations Unies.
Un hub, c’est plus qu’un espace de coworking. C’est l’Afrique qui se connecte à elle-même.Rebecca Enonchong — Afrik-Inform, 2026
Bon à savoir: AfriLabs est le plus grand réseau panafricain de centres d’innovation technologique (hubs). Cofondé en 2013, il soutient des start-up dans des domaines aussi variés que la santé, l’éducation, l’agriculture ou la finance mobile. Ses hubs sont des espaces physiques où de jeunes entrepreneurs reçoivent formation, mentorat et accès à des financements.
Repères chronologiques : de 1967 à juin 2026, une trajectoire en dates
1967 — Naissance au Cameroun, région du Sud-Ouest.
Années 1980 — Départ aux États-Unis ; vente de journaux à 15 ans, management d’équipe à 17 ans.
Années 1990 — Bachelor of Science et Master en Économie, Université Catholique d’Amérique ; postes à la Banque Interaméricaine de Développement, puis à Oracle Corporation.
1999 — Fondation d’AppsTech à Bethesda (Maryland) — partenaire Platinum Oracle, clients dans 40+ pays.
2001 — Ouverture du bureau AppsTech au Ghana.
2002 — Ouverture au Cameroun (fermeture ultérieure de certaines filiales) ; distinction « Global Leader for Tomorrow », Forum Économique Mondial de Davos.
2010 — Cofondation d’ActivSpaces, incubateur tech dans la Silicon Mountain camerounaise.
2013 — Cofondation d’AfriLabs.
2014 — Classée parmi les 10 Femmes Tech Fondatrices à suivre en Afrique par Forbes.
Avril 2017 — Élection à la présidence du conseil d’administration d’AfriLabs.
2019 — Réélection à la présidence d’AfriLabs ; Margaret d’Honneur, Journée de la Femme Digitale.
Août 2021 — Arrestation à Douala, garde à vue de trois jours, libération après mobilisation internationale (#FreeRebecca).
2022–2026 — Membre du conseil exécutif de la CCI, représentation des PME africaines et du numérique.
11 juin 2026 — Nommée vice-présidente de la CCI — première femme africaine en 107 ans d’histoire de l’institution.
De la vente de journaux à quinze ans à la vice-présidence de la plus grande institution patronale mondiale, Rebecca Enonchong incarne une certitude que l’Afrique formule de plus en plus haut : elle n’attend plus qu’on lui fasse de la place — elle vient la prendre, et l’élargir.
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