Quatre femmes qui ont créé leur propre terrain de jeu
Il y a une question qu’on ne pose jamais assez : que fait-on quand le métier qu’on veut exercer n’existe tout simplement pas ? Certaines femmes attendent qu’il se crée. D’autres le créent. Les quatre portraits qui suivent racontent chacun, à leur manière, cette deuxième option, depuis l’aviation civile jusqu’au patrimoine textile, en passant par la tech et l’art de recevoir.

Fadimatou Noutchemo Simo — former une génération là où le secteur n’y pensait pas
En 2014, l’aviation civile africaine ne pensait pas particulièrement à sa jeunesse, encore moins à ses filles. Fadimatou Noutchemo Simo fonde la Young African Aviation Professional Association (YAAPA) pour changer ça — un programme de bourses qui touchera plus de 10 000 enfants de zones rurales en cinq ans. Cinq ans plus tard, l’IATA la couronne première Africaine à recevoir son prix « High Flyer Award ». Le secteur, lui, ne l’avait pas vue venir.
Mélanie Wabo — inventer un métier que personne, au Cameroun, ne savait nommer
« Wedding planner » ne voulait rien dire à Douala quand Mélanie Wabo a commencé. Le métier n’était pas seulement absent — il était incompris, jusqu’à devoir expliquer pourquoi organiser un mariage vaut d’être payé comme un métier à part entière. Elle fonde le Salon du Mariage de Douala en 2014 ; en 2018, elle devient l’une des toutes premières wedding planners certifiées du pays. Aujourd’hui, le salon fête sa 13e édition et accueille sa première délégation internationale.
Rebecca Enonchong — poser la première pierre d’un écosystème entier
Avant Rebecca Enonchong, il n’y avait pas de « Silicon Mountain » à Buea — il y avait une colline. En co-fondant l’incubateur ActivSpaces en 2010, elle pose la première pierre de ce qui deviendra l’un des pôles tech les plus dynamiques du continent, puis fonde AfriLabs, réseau qui fédère aujourd’hui plusieurs centaines de hubs technologiques africains. En juin 2026, elle devient la première femme africaine vice-présidente de la Chambre de Commerce Internationale, en 107 ans d’existence de l’institution.
Ly Dumas — écrire le livre qui n’existait pas encore
Le Ndop, tissu cérémoniel des cours royales bamiléké, se transmettait depuis des siècles — mais n’avait jamais fait l’objet d’un ouvrage de référence. Ly Dumas comble ce vide en 2020, au terme de cinq années de recherche. La reconnaissance internationale suit : une collection Hermès inspirée du Ndop, une Maison Gacha ouverte à Paris en 2025, une place au Conseil International des Musées. Ce qui manquait, elle l’a écrit elle-même.
Le fil commun
Aucune de ces quatre femmes n’a attendu qu’une place se libère. Chacune a construit la sienne, une association, une profession, un écosystème, un livre, précisément là où rien ne l’attendait. C’est peut-être ça, la définition la plus juste de l’excellence africaine .





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