Quand la maison Hermès imagine sa collection de Carrés de soie « Inspiration Ndop », elle cite explicitement sa source : la Fondation Jean-Félicien Gacha, au Cameroun, et la femme qui la préside, Ly Dumas, de son nom complet Lynn Gacha Dumas, princesse du royaume de Ndé et gardienne passionnée du patrimoine bamiléké. Une reconnaissance qui doit aussi à un lien de famille : son époux, Frédéric Dumas, est l’un des descendants de la famille Hermès.Mais l’essentiel de son œuvre se joue ailleurs — dans les cinq années de recherche qui aboutissent, fin 2020, au premier livre jamais consacré au Ndop, et dans la Maison Gacha, qu’elle ouvre à Paris en janvier 2025.
L’essentiel en un coup d’œil
- Qui : Ly Dumas (Lynn Gacha Dumas), princesse du royaume de Ndé (Ouest Cameroun), ancienne mannequin internationale, styliste autodidacte et auteure.
- Accomplissement : autrice du premier ouvrage consacré au tissu Ndop (Gourcuff Gradenigo, fin 2020) ; fondatrice de la Maison Gacha à Paris, ouverte en janvier 2025.
- Impact : présidente depuis 2002 de la Fondation Jean-Félicien Gacha, qui forme des artisans camerounais et a inspiré la collection de Carrés Hermès « Inspiration Ndop ».
- À retenir : Prix de la Fondation Dexeus Mujer (2023) ; elle a choisi de bâtir au Cameroun, là où ses racines royales plongent depuis sept générations.

Faire reconnaître le Ndop : le pari d’une femme, cinq ans de recherche
Il est des étoffes qui racontent bien plus qu’un savoir-faire. Le Ndop appartient à cette catégorie rare. Ce textile cérémoniel des cours royales Bamiléké, reconnaissable à ses motifs géométriques blancs sur fond bleu indigo profond, accompagne depuis des siècles les moments les plus solennels de la vie : intronisations, rites initiatiques, deuils. Chaque symbole est porteur d’un langage codé transmis de génération en génération et pourtant, malgré son importance, le Ndop n’avait jamais fait l’objet d’un ouvrage de référence.
C’est ce vide que Ly Dumas a choisi de combler. Elle a consacré cinq années à rassembler chercheurs, anthropologues, spécialistes de l’art africain et photographes autour d’un projet ambitieux : NDOP : Étoffes des cours royales et sociétés secrètes du Cameroun, publié fin 2020 aux éditions Gourcuff Gradenigo. L’ouvrage rejoint rapidement les collections de plusieurs institutions culturelles à travers le monde, et l’étoffe a depuis été mise à l’honneur dans plusieurs expositions, notamment à la Pinacoteca de São Paulo.
Aujourd’hui, je suis heureuse d’avoir réuni un collectif d’auteurs capable d’en dévoiler les secrets. Ly Dumas, éditions Gourcuff Gradenigo, 2021

Livre Ndop by Ly Dumas
Bon à savoir : le Ndop était historiquement réservé aux cours royales Bamiléké. Sa fabrication mobilise un savoir-faire complexe mêlant tissage, teinture à l’indigo et techniques de réserve, et chaque royaume possède ses propres variations de motifs, faisant de chaque pièce un document culturel autant qu’un objet d’art.
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C’est la reconnaissance d’un patrimoine africain assez puissant pour nourrir l’imaginaire créatif de l’une des maisons les plus prestigieuses au monde. Cette reconnaissance s’est aussi construite par un lien plus intime. C’est à Paris que Ly Dumas rencontre Frédéric Dumas, descendant de la famille fondatrice de la maison Hermès. Mais loin de choisir une vie tournée vers les cercles du luxe européen, le couple décide d’ancrer son avenir au Cameroun, un choix qui orientera durablement l’ensemble de leurs projets.

Frédéric et Ly Dumas – Soirée des 15 ans de l’association Maïsha Africa de Sonia Rolland au Pavillon Cambon à Paris le 19 septembre 2016
Le vrai chantier, pourtant, ne se trouve pas dans les vitrines parisiennes, mais dans le travail patient mené au quotidien auprès des communautés, des artisans et des jeunes générations, à travers la Fondation Jean-Félicien Gacha. En faisant rayonner l’héritage culturel du Ndé bien au-delà des frontières camerounaises, Ly Dumas inscrit des savoirs longtemps restés confidentiels dans les conversations internationales sur l’art, le design et le luxe.
Fondation Jean-Félicien Gacha : kezako ?
Créée en 2002 par Créée en 2002 par Ly Dumy Dumass en hen hommage à sommage à son père, la Fon père, la Fondation JeJean-Féln-Félicicien G Gacha cha esst impmplantéentée à à Bangouloulap,p, daanss le dépe départemenment d du Ndé, à l’ou Ndé, à l’ouestst du Camerdu Camerouun. Véri. Véritablable lab laboratotoire de transmnsmissssion cultur culturelle et dde développemeéveloppementt lloccal,l, ellelle accoccompagnpagne la foformmation de nonombrbreuxux arartisanssans dans lans les métiemétiers du per du perlage, ge, du tiu tissagesage, de la va la vannnerierie oouoou encencore dde la cola couture.e. SSon actn action s’ét s’étend égand égalementement à l’éà l’éducacatiion, à l’envn, à l’environneronnemennt,, àà la a sannté,, àà l’agl’agricculturlture et au tourisme sou tourisme solidairidaire.


La fondation abrite notamment la Villa Boutanga dont l’architecture contemporaine s’inspire des formes traditionnelles bamiléké, et porte aujourd’hui un nouveau projet ambitieux : la création de l’Académie Hôtelière des Grasslands, destinée à former les futurs professionnels du tourisme et de l’hospitalité en Afrique centrale.
Ly Dumas ou l’élégance de la transmission
Née dans le royaume du Ndé, dans l’Ouest-Cameroun, Ly Dumas grandit au sein d’une lignée où les femmes occupent depuis longtemps une place centrale dans la transmission de l’histoire et de la mémoire collective.
Petite-fille de Maveun Tawa III et descendante du roi Njiké, septième souverain de la dynastie de Bangangté, elle porte aujourd’hui le titre de Má Bat Goup Nap Go, distinction réservée à celles dont le parcours reflète respect, écoute, générosité et responsabilité.
Ma lignée royale est matriarcale, ce qui saute aux yeux quand on voit la lignée de femmes fortes qui me précède.
Ly Dumas, Gus Adler & Filles, 2022
Élevée entre Yaoundé et Douala, elle développe très tôt une sensibilité à l’esthétique et à la culture. Après des études en communication à l’ESSTI de Yaoundé, elle poursuit sa formation à Paris et découvre l’univers de la mode. Sa silhouette et son élégance naturelle lui ouvrent les portes d’une carrière internationale de mannequin. Inspirée par les maîtres perliers des cours royales de son enfance, elle réinterprète ensuite les savoir-faire ancestraux avec une approche contemporaine, contribuant à redonner de la visibilité à des métiers d’art longtemps restés dans l’ombre.

Cette volonté de transmission prend une dimension institutionnelle en 2002 avec la création de la Fondation Jean-Félicien Gacha, baptisée en hommage à son père. À Bangoulap, la fondation devient progressivement un lieu d’expérimentation culturelle et artisanale. Plus de 100 000 arbres y sont plantés, des programmes de formation voient le jour et la Villa Boutanga s’impose comme un symbole du dialogue entre patrimoine et création contemporaine.
En 2023, son engagement est salué par le Prix de la Fondation Dexeus Mujer ainsi que par une distinction de l’Ordre National du Mérite camerounais. En janvier 2025, nouvelle étape : l’ouverture de la Maison Gacha dans le 17e arrondissement de Paris. Un lieu de rencontres, d’expositions et de recherche, pensé pour faire dialoguer les savoir-faire africains avec le monde sans jamais les détacher de leur histoire.
Repères chronologiques :
- 2002 — fonde la Fondation Jean-Félicien Gacha à Bangoulap (formation artisanale, éducation, santé, tourisme solidaire ; plus de 100 000 arbres plantés)
- 2017 — Jeune Afrique documente son travail de styliste aux perles et sa transmission des savoir-faire royaux
- Avant 2018 — naissance de la collection de Carrés Hermès « Inspiration Ndop », citée officiellement par Hermès comme puisant son inspiration dans la Fondation Jean-Félicien Gacha
- Fin 2020 — publication de NDOP : Étoffes des cours royales et sociétés secrètes du Cameroun, premier ouvrage de référence sur ce tissu
- 2022 — la Fondation Jean-Félicien Gacha célèbre ses vingt ans
- 2023 — Prix de la Fondation Dexeus Mujer (Espagne)
- Janvier 2025 — ouverture de la Maison Gacha à Paris
- 2025 — exposition consacrée au textile africain à la Pinacoteca de São Paulo, en collaboration avec la Maison Gacha
- 2026 — membre du Conseil International des Musées (ICOM) ; poursuit la formation d’artisans et la diffusion du Ndop
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